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mise à jour le 19/06/2009

 

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La génération 98 et le cas Zidane

Ces gloires du football que sont les ex-joueurs de l’équipe de France championne du monde en 1998, presque tous en retraite sportive en tant que joueurs, se reconvertissent en tant qu’entraîneurs ou en tant que consultants avec plus ou moins de réussite.

En 2007, Canal + employait plus de 45 consultants pour le football dont des ténors issus de l’équipe de France de football championne du monde de 1998 :
Zinédine Zidane, Bixente Lizarazu, Christophe Dugarry, Marcel Desailly ou encore, et non des moindres, Aimé Jacquet. Canal+ a parié sur leur prestige et leur expertise.
Certains brillent dans l’exercice du commentaire tel Christophe Dugarry, dont la passion et la connaissance profondes du foot transparaissent dans ses analyses.
Zinédine Zidane, star absolue du ballon rond, est par contre très laconique et malhabile dans ses propos :
En 2006 lors d’un match Marseille – Lyon (Lyon menant au score et étant numéro 1 du championnat depuis des mois), « Zizou » sous-entend à l’antenne que le championnat de France n’a plus d’intérêt pour cette saison alors que Canal + venait d’en acquérir les droits de retransmission pour 600 millions d’euros.
Il devient aussitôt la risée des Guignols de l’Info. Des séances de coaching pour que ce genre d’incident ne se reproduise pas et surtout pour mettre Zidane plus à l’aise en public ont été initiées début 2007 mais il ne commentera plus de match.
Son rôle est désormais délimité, lors de soirées évènement, aux commentaires d’après match ou de mi-temps contrairement à Jacquet qui, lui, commente en direct.

Pour rentabiliser cette « marque » Zidane, liée à d’énormes contrats publicitaires et qui coûterait 450 000 euros par an à la chaîne (Lizarazu et Desailly touchent environ 350 000 euros par an), C+ prévoit des entretiens intimistes sur les valeurs du sport menés par la star avec des champions d’autres disciplines. Son aura exceptionnelle reste un formidable argument en termes d’image pour la chaîne. Cyril Lignette, directeur des sports de C+ depuis juin 2008, le confirme en 2007 : « Zinedine reste notre consultant exceptionnel. Il sera présent sur des évènements prestigieux qui collent à son image et à son immense carrière. »

Pourtant cette phrase de Zidane, démontre la fragilité d‘un système où un commentaire sportif, aussi vrai soit-il, peut se heurter aux intérêts stratégiques d’un diffuseur.
D’autres turbulences sont amenées par la présence massive de consultants sur la chaîne (180 pour tous les sports à C+, autant que de journalistes).
Ce contingent impressionnant peut effectivement générer pour la chaîne le même genre de conflits que les clubs de football rencontraient avec ces ex-joueurs lors de leurs carrières sportives. En effet, les us et coutumes des sportifs starisés de haut niveau qu’étaient les consultants peuvent parfois l’emporter sur la neutralité éditoriale : Problèmes d’ego, surenchère salariale et dénigrement des arbitres pour certains. Le ministre des sports du gouvernement Raffarin, Jean-François Lamour, lui-même ancien consultant pour l’escrime sur France II, s’est ému de ces dérives en décembre 2006.


Canal + et les ex-coachs

Un autre type de consultants ex-sportifs rencontre un énorme succès, il s’agit des anciens entraîneurs, des coachs en année sabbatique ou bien tout simplement au chômage.
Didier Deschamps, Paul Leguen ou bien des entraîneurs moins célèbres tel Gernot Rohr sont ou ont été consultants pour Canal +. Souvent il s’agit pour eux d’une parenthèse. Cet intermède télévisuel a permis ainsi à Rohr de rebondir pour redevenir entraîneur en Suisse.
Pour Guy Lacombe, Il s’agit d’un échange de bons procédés, si un poste d’entraîneur intéressant se présente pendant la saison, il est tout à fait libre de quitter Canal+.
Les entraîneurs, selon lui, on tout à gagner de cette expérience car ils doivent faire un effort d’objectivité et d’analyse en tant que consultants ce qui peut enrichir la suite de leur carrière sportive.
Autre cas, l’activité de consultant à permis également à Guy Roux d’attendre la retraite en partageant son expertise pour les matchs du championnat pour un salaire estimé entre 15000 et 20000 euros par mois.
Canal + tire profit de ce vivier en se posant au cœur d’un réseau inestimable d’acteurs influents du foot français. Ces agents sont ses obligés au sein des diverses instances du football français et l’ont prouvé par le passé lors des négociations sur les droits de retransmissions du football en 1999, quand la Ligue a choisi C+ pour diffuser la majorité des matchs au lieu de TPS qui proposait pourtant 100 millions d’euros de plus.


Les autres chaînes

Le tandem historique Thierry Roland-Jean-Michel Larqué sur TF1 a été le modèle de dispositif de commentaire de match sur lequel se sont basées les retransmissions de matchs de foot jusqu’à la Coupe du monde 2006 où l’introduction et la généralisation d’un second consultant en direct a changé la donne. Guy Roux avait initié occasionnellement ce rôle de troisième homme.
Le recrutement d’Arsène Wenger a apporté une vision différente du jeu et son image de technicien flegmatique a renforcé la crédibilité du dispositif. Cependant la spécificité d’Arsène Wenger, liée à sa casquette d’actuel manager du club anglais d’Arsenal peut générer un autre type de conflit d’intérêt. En effet, il peut être délicat pour l’objectivité de son jugement de critiquer à l’antenne le jeu d’un joueur de l’équipe de France que par ailleurs il entraîne et côtoie quotidiennement à Arsenal.
Pourtant, pour 175 000 euros par an, il redonne une image de respectabilité à la chaîne après des années de dérapages verbaux de Thierry Roland. À TF1, on attend aujourd’hui de pied ferme le futur retraité Patrick Vieira, considéré comme un disciple de Wenger, pour prendre la relève.

Sur France 2, Laurent Blanc, autre champion de 98, n’a pas convaincu lors de l’Euro 2004. Et en empochant 65 000 euros pour commenter quelques matchs, il a provoqué une fronde du service des sports de France2 aboutissant à la mise en retraite du chef du service, Charles Biétry. Il est depuis devenu champion de France 2009 en tant qu’entraîneur de Bordeaux.

Les petites chaînes sont également friandes de consultants.
Aujourd’hui en 2009, Orange TV, exploite l’image de Youri Djorkaeff pour commenter certains matchs du championnat de Ligue 1
L’Equipe TV, confirme en 2004, que le recrutement de Bernard Lama, pour couvrir l’Euro, a également l’avantage d’ouvrir son carnet d’adresse et ses contacts à la chaîne.

En Allemagne, Franz Beckenbauer, légende vivante du foot allemand, a signé en mai 2009 pour être consultant sur deux chaînes concurrentes (pour commenter des compétitions également différentes) jusqu’en 2012 pour l’une et 2013 pour l’autre.
Pour Mark Williams, président de la chaîne Première, « Il n’y a pas de personnalité qui incarne plus le succès du football que Franz Beckenbauer ».

 

SOURCES

COHEN-BACRI S-L. Consultant sportif, une reconversion en or. 20 minutes, 25/06/2004.

FOLGOAS Ronan. Dugarry, Djorkaeff, Larqué…les consultants télé se confient. Sportweek.fr, 10/10/2008.

HETEAU Thomas. Vous saurez tout sur les consultants. Lesdessousdusport.fr, 01/10/2008.

B A. Les ex-sportifs jouent aux experts . La Dépêche du Midi, 04/03/2007 .

BERRETA Emmanuel. Le mercato des commentateurs. Le Point, 01/10/2004.

BOUVET Bruno. Sportifs et Consultants. Du stade au studio. La Croix , 12/06/2004.

CORTINOVIS OLivier. Profession : Consultant sportif. Curieux, hors série, octobre 2008.

FRAIOLI Bruno. Star un jour, Star toujours ? Stratégies, n°1412, mai 2006.

G E-M. Didier Deschamps rejoint Canal +. Le Parisien, 03/08/2007.

IZOIRD Jean-Michel. Money is money. Midi Libre, 07/02/2007.

MOATI Etienne. Canal + recycle les Coachs. L’Equipe, 21/10/2005.

PAGET Henri. Les pros au micro. L’Express, 08/02/2007.

YONNET Paul. Le tribun et les prophètes : l’avenir du commentaire sportif à la télévision. Profession Football, n°47, novembre/ décembre 2008.

Le « Kaiser » toujours courtisé outre-Rhin.La lettre de l’Audiovisuel, 26/05/09.