Pour mieux comprendre Berlin la sportive, quelques éclairages sportifs de l’Allemagne hors de la capitale.

Dans son livre « Le corps, le sport, le maintien... Une culture allemande », Henning Eichberg s'interroge sur l'importance du sport dans ce pays où un habitant sur quatre est adhérent à la Fédération allemande de sport (Deutsche Sportbund). Son analyse fait ressortir trois courants historiques qui se croisent et s'opposent parfois dans la culture allemande.

Le corps « vert »
Le premier est le mouvement « vert ». S'il connaît un essor décisif dans les années 60 et 70, il a déjà connu de belles heures, à la fin du XVIIIème siècle d'abord en réaction à la vie sous l'ancien régime.
Puis, au tournant du XXème siècle, des courants revendiquent un changement radical allant contre le mode de vie moderne, qu'il soit bourgeois ou prolétaire.

Ces vagues successives ont en commun de chercher à relier le corps à la nature via une vie saine. Plusieurs pratiques sont les affirmations de cette aspiration, comme le naturisme, l’alimentation diététique et le sport.

Le corps « droit »
L'obsession nazie de la pureté ne pouvait faire autrement que s'intéresser de près à certains éléments de cette pensée naturaliste et hygiéniste. Aussi le régime chercha t-il dès son arrivée au pouvoir à opérer un rapprochement avec ces mouvements de jeunes. Mais si certains furent séduits, d'autres au contraire rejetèrent avec virulence le militarisme à la base de la doctrine national-socialiste et entrèrent en résistance.

Cette discipline militaire est la seconde source de la tradition sportive allemande. Les écoles militaires façonnaient des corps réglés comme des machines, au maintien rigide et aux mouvements précis et cadencés : ce qu’on peut appeler le corps « droit », valant autant pour l'esprit. Les observateurs étrangers en eurent une démonstration grandiloquente lors de la XIème olympiade, en 1936.

Le corps « gemütlich »
Enfin, le troisième élément par lequel on peut expliquer l'attachement des Allemands au sport est le concept plus flou du Gemütlichkeit : le bien-être, l'importance d'être « à l'aise ». Le plaisir d'être rassemblés pour partager un moment de convivialité et de détente, en particulier après l'effort. Ainsi les trois formes du corps, le « corps vert », le « corps droit » et le « corps à l'aise », peuvent être appréhendés aussi comme trois pratiques successives dans la vie d'une même personne, formant tout le paradoxe de l'attitude corporelle allemande.

 


Berlin ville symbole du sport
© C. Depreitère, V. Doignies, D. Lepage, C. Molitor & A. Reydellet (INTD - INA) 2009
date de mise à jour: 20 juin 2009
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