La dramaturgie du corps et le spectacle sportif permanent qui avait été surexploité par le nazisme provoqua après-guerre un certain rejet du sport de la part des élites.
Ainsi après cette nouvelle défaite, c'est l'aspect de la sociabilité qui reprit le dessus, mais davantage parmi le prolétariat.
Dans les années 50, la convivialité fit la force de clubs semi-professionnels dans les régions minières, ouvrières ou dans les banlieues. L'exemple du SV Sodinge (club de football de la Ruhr) montre bien que l'esprit d'appartenance (à la classe sociale, à l'entreprise, à la ville, à la famille,...) était déterminant.
C'est cet esprit de corps qui les mena à des succès tels qu'ils purent, en deux ou trois ans selon les clubs, gravir tous les échelons des divisions pour parvenir au plus haut niveau alors qu'ils ne pratiquaient le sport qu'à côté de leur emploi à la mine ou à l'usine. Dès lors, étant les seuls à voyager (parfois même à l'Est) ils ont tenu aux yeux de la communauté un rôle de « représentants » à l'extérieur.
A cette époque, il n'y avait dans l'équipe nationale quasiment que des hommes venant de régions industrielles, et presque aucun des grandes villes. C'est une équipe de cet acabit qui fut à l'origine du "Miracle de Berne" en 1954. La Mannschaft, perçue alors comme une sélection nationale moyenne (le football n'était toujours pas professionnel en Allemagne), parvint à battre en finale de la Coupe du Monde la Hongrie, une puissante équipe professionnelle.
Cette victoire fut à l'époque un véritable événement, plus encore sur le plan de l'identité nationale que sur le plan sportif, « [L'équipe] s'était livrée à une lutte symbolique pour la première place dans la hiérarchie mondiale du football et, dans le même temps, (c'est ainsi que cela fut compris en Allemagne, y compris par les élites), pour se positionner au centre de la communauté mondiale. (...) Les anciens dirigeants, les Führers de toutes sortes (politiques et militaires) étant morts ou s'étant suicidés ou enfuis, ou cachés ou encore ayant été exécutés, la majorité des Allemands, les "petites gens" récupérèrent avec la victoire, la fierté et la reconnaissance de leurs vertus, dont on les avait privés à la fin de la guerre » (Gunther Gebauer).
L'Allemagne se réconcilia ce jour-là avec son image, avec ses valeurs devenues honteuses d'avoir été caricaturées par le nazisme et mises en doute par la défaite militaire.
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