Leni Riefenstahl (1902-2003) reste la cinéaste la plus controversée de l'Histoire. Réalisatrice marquée par l'Avant-Garde allemande, elle a proposé au monde une image de «l'Allemagne nouvelle».
Dans sa première réalisation, « La Lumière bleue » en 1932, elle incarne une jeune montagnarde aux pouvoirs surnaturels, pure et haïe par la foule.

Le critique Siegfried Kracauer note: «L'escalade est une métaphore de l'aspiration mystique concrétisée plus tard dans le culte du Führer». Celui-ci et Goebbels commanderont en 1934 à Leni Riefenstahl, un grand film sur le congrès du Parti national-socialiste « Le triomphe de la volonté », réalisé avec des moyens importants et des procédés formels de grande ampleur.

En 1936, Leni Riefenstahl dispose de moyens encore plus importants pour « Les Dieux du stade ». C'est une nouvelle commande d'Hitler pour les Jeux Olympiques de Berlin. Pour la réalisation, elle met en œuvre une technique jusqu’alors inutilisée et filme pour la première fois durant les épreuves, avec des travellings, ascenseurs, caméras sur rails et sous-marines.

Pour travailler les 400 000 mètres de pellicule impressionnée, le montage durera cinq mois et donnera naissance à deux parties distinctes du film « Fête des peuples » et « Fête de la beauté ».
Dans cette œuvre, les images sportives acquièrent une dimension artistique.
La réalisatrice cherche à exalter la virilité et la force martiale à travers la beauté du corps masculin athlétique.

La première projection du film (les deux parties durant en tout près de quatre heures) aura lieu le 20 avril 1938, en l'honneur de l’anniversaire du Führer. Ce film acquiert alors une grande reconnaissance internationale.

Selon Bernard Eisenschitz, historien du cinéma, la confusion entre «l'Homme Nouveau» et l'érotisation du corps constitue une des originalités réelles de ce film.
Il précise que Leni Riefenstahl, qui a toujours affirmé ne s'intéresser ni au documentaire, ni à la propagande, a ainsi participé à la création de deux des principales mises en scène politiques du IIIe Reich. Les olympiades proclament la vocation internationale pacifique de l'Allemagne nationale-socialiste.
Protégée par Hitler, mais détestée comme femme réalisateur au caractère indépendant, elle est la seule à avoir tenté «une esthétique filmique fasciste» relève l'écrivain Susan Sontag.

Leni Riefenstahl se verra décerner en 1939, une médaille d'or de la part du Comité International Olympique (CIO) et depuis le 3 juillet 2003, le même CIO a acquis les droits du film: «Ce film est certainement le plus célèbre de tous ceux faits sur les Jeux Olympiques et il constituera le joyau de nos archives», déclare Jacques Rogge, président du CIO en 2003.

Le film « Leni Riefenstahl, le pouvoir des images » de Ray Müller, date de 1993. Le réalisateur revient sur la carrière de Leni Riefenstahl et retient «l'exigence optique» de la cinéaste convaincue. Son documentaire est un plaidoyer en faveur du film « Les Dieux du stade ».

Films de Leni Riefenstahl disponibles en DVD :
«La Lumière bleue 1932 », éd. Arthaus.
«Le Triomphe de la volonté » 1935, éd. Synapse films.
«Olympia» - partie 1 : Fête des peuples / Les Dieux du stade ; - partie 2 : Fête de la beauté / Jeunesse olympique 1938 éd. Arthaus. En bonus, le documentaire de Ray Müller : «Leni Riefenstahl – Le Pouvoir des images ».
«Tiefland ou le Bas-Pays » 1940-1954, éd. Arthaus.
«Impressions sous-marines » 2002, éd. Euro Video.

 

 


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© C. Depreitère, V. Doignies, D. Lepage, C. Molitor & A. Reydellet (INTD - INA) 2009
date de mise à jour: 20 juin 2009
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